L’agrément préfectoral de domiciliation ne se transfère pas comme un contrat que l’on céderait avec un fonds. Il est délivré à une entreprise précise, pour une activité exercée dans des locaux précis. Quand l’adresse, l’exploitant ou la forme juridique change, il faut déclarer le changement au préfet, qui peut délivrer un nouvel agrément. Et si vous êtes une entreprise domiciliée qui change de domiciliataire, c’est autre chose : votre agrément à vous n’est pas concerné, mais celui du nouveau domiciliataire doit être vérifié.
Cet article distingue les deux situations que recouvre l’expression « transfert d’agrément », décrit les démarches pour chacune et rappelle les sanctions en cas d’activité sans agrément valide.
En bref
- L’agrément de domiciliation est attaché à une société et à ses locaux : il ne passe pas automatiquement à un repreneur ou à une autre adresse.
- Tout changement dans les éléments qui ont fondé l’agrément doit être porté à la connaissance du préfet dans un délai de deux mois.
- En cas de changement substantiel (siège, structure juridique), le préfet peut délivrer un nouvel agrément ; sans déclaration, l’agrément peut être suspendu ou retiré.
- Exercer sans agrément valide est puni de six mois d’emprisonnement et de 7 500 € d’amende.
- Côté entreprise domiciliée : avant de changer de domiciliataire, vérifiez son agrément dans l’arrêté préfectoral, pas dans sa publicité.
Table des matières
- Deux situations derrière une même requête
- Pourquoi l’agrément ne se « transfère » pas
- Ce qu’on appelle un changement substantiel
- Le délai de deux mois
- Quelle préfecture, quelles pièces
- Délais d’instruction et durée de l’agrément
- Ce que risque un domiciliataire qui ne déclare pas
- Et les entreprises déjà domiciliées ?
- Vous êtes une entreprise domiciliée : changer de domiciliataire
- Notre point de vue
- Trouver un domiciliataire dont l’agrément est vérifié
- Check-list avant de déclarer un changement
- FAQ
- Sources
Deux situations derrière une même requête
Le mot « transfert » est employé dans deux cas qui n’ont presque rien en commun.
Le domiciliataire déménage ou se transforme. Vous exploitez une société de domiciliation agréée et vous changez de locaux, de dirigeant, de forme juridique, ou vous reprenez l’activité d’un confrère. La question est : mon agrément me suit-il ? C’est la partie principale de cet article.
L’entreprise domiciliée change de siège. Vous êtes une société qui veut quitter son domiciliataire actuel, ou déménager son siège vers une autre ville. Votre propre situation relève alors du transfert de siège social, dont les formalités se font au greffe du tribunal de commerce et dans un journal d’annonces légales. Nous y revenons plus bas, parce que le choix du nouveau domiciliataire repose entièrement sur son agrément.
Pourquoi l’agrément ne se « transfère » pas
L’agrément n’est pas un droit de propriété. C’est une autorisation administrative qui vérifie, à la date de la demande, plusieurs conditions. D’après la préfecture de l’Isère, il est soumis à l’honorabilité des dirigeants et des associés détenant plus de 25 % des droits, et à l’aptitude de l’entreprise à fournir des locaux ayant une consistance réelle et dont elle dispose juridiquement.
Chacun de ces éléments est propre à une société donnée : les personnes, les locaux, le titre qui permet de les occuper. Si l’un change, la décision initiale ne repose plus sur les mêmes bases. C’est la raison pour laquelle les services de l’État parlent de « changement substantiel » et non de cession.
Concrètement, un repreneur ne peut pas compter sur l’agrément du cédant. Il doit prévoir son propre dossier, avec ses propres justificatifs d’honorabilité et de locaux. Prenez cette lecture comme la plus prudente : en cas de doute sur votre cas précis, appelez le bureau des professions réglementées de votre préfecture avant de signer quoi que ce soit.
Ce qu’on appelle un changement substantiel
Les préfectures donnent des exemples cohérents entre elles. Selon la préfecture de Seine-et-Marne, toute modification substantielle qui remet en cause les conditions de l’agrément initial, notamment un changement de siège ou de structure juridique, doit être déclarée à la sous-préfecture.
Voici comment les cas courants se présentent.
| Situation | Ce qui change pour l’agrément | Premier réflexe |
|---|---|---|
| Déménagement des locaux de domiciliation | Les locaux sont l’une des bases de l’agrément | Déclarer au préfet, fournir les justificatifs des nouveaux locaux |
| Changement de siège de la société | Changement substantiel cité par les préfectures | Déclarer à la sous-préfecture |
| Transformation (par exemple SARL en SAS) | Changement de structure juridique | Déclarer, puis attendre la décision du préfet |
| Nouveau dirigeant ou nouvel associé important | L’honorabilité est examinée pour les dirigeants et associés au-delà de 25 % | Déclarer sans attendre |
| Rachat de l’activité par une autre société | Le repreneur n’est pas le titulaire de l’agrément | Déposer une demande d’agrément au nom du repreneur |
La dernière ligne est une déduction de prudence tirée du principe ci-dessus, pas une formule officielle : c’est pourquoi un échange préalable avec la préfecture s’impose.
Le délai de deux mois
La préfecture de l’Ain rappelle que tout changement dans les éléments exigés pour la délivrance de l’agrément doit être porté à la connaissance du préfet dans un délai de deux mois. Le point de départ pratique est la date du changement : signature du bail des nouveaux locaux, décision de l’assemblée, nomination du dirigeant.
Une méthode simple pour ne pas dépasser :
- Notez la date de chaque événement qui touche les locaux, les dirigeants ou la forme de la société.
- Préparez la déclaration et les justificatifs dès la décision, pas à la date d’effet.
- Envoyez le dossier à la préfecture du département où se trouve le siège, avec accusé de réception.
- Conservez la preuve de l’envoi : elle sera utile en cas de contrôle.
Quelle préfecture, quelles pièces
La préfecture compétente est celle du département où se trouve le siège de l’entreprise, indique la préfecture de Seine-et-Marne. Pour une première demande ou un renouvellement, le dossier comprend une déclaration, une attestation sur l’honneur, des pièces d’identité et des justificatifs relatifs aux locaux.
Si vous déménagez dans un autre département, la préfecture compétente change avec le siège. Demandez à la préfecture d’arrivée comment elle traite le dossier, et signalez aussi le changement à celle de départ : les formulaires et les pratiques varient d’un département à l’autre.
Les locaux : le point qui bloque le plus souvent
La préfecture de l’Ain précise que les locaux ne peuvent pas être constitués d’une pièce unique : ils doivent comprendre au minimum un bureau et une salle de réunion. De plus, d’après les greffes des tribunaux de commerce, le domiciliataire ne peut pas exercer dans un local à usage d’habitation principale ou à usage mixte professionnel.
Avant de signer un bail pour un nouveau local, vérifiez donc :
- qu’il comporte au moins deux espaces distincts, un bureau et une salle de réunion ;
- que sa destination n’est pas l’habitation principale ni un usage mixte professionnel ;
- que vous en disposez juridiquement (bail commercial, titre de propriété).
Un bail signé avant ces vérifications peut vous laisser avec des locaux qui ne passent pas l’instruction.
Délais d’instruction et durée de l’agrément
Le préfet dispose de deux mois à compter de la réception de la demande pour instruire le dossier, et le défaut de réponse dans ce délai vaut rejet, d’après la préfecture de Seine-et-Marne. Un silence n’est donc pas un accord : si rien n’arrive, relancez et ne reprenez pas l’activité dans les nouveaux locaux comme si tout était validé.
L’agrément est délivré pour six ans, selon la préfecture du Bas-Rhin, et doit être enregistré auprès du greffe du tribunal de commerce. Un nouvel agrément délivré après un changement substantiel ne se confond pas avec un renouvellement ; pour ce dernier, consultez notre page sur le renouvellement de l’agrément de domiciliation.
Pendant la période d’instruction, le sujet central est la continuité : tant que le préfet n’a pas statué sur un changement substantiel, évitez de signer de nouveaux contrats de domiciliation à l’adresse qui n’est pas encore couverte.

Ce que risque un domiciliataire qui ne déclare pas
La préfecture des Bouches-du-Rhône indique que l’agrément peut être suspendu ou retiré si les changements substantiels n’ont pas été signalés ou si les conditions de sa délivrance ne sont plus remplies. Elle ajoute qu’une suspension peut aussi intervenir lorsque la société fait ou a fait l’objet d’une procédure devant la commission nationale des sanctions.
Le risque ne s’arrête pas à l’administratif. Exercer l’activité sans avoir obtenu l’agrément, ou après son retrait ou sa suspension, est puni de six mois d’emprisonnement et de 7 500 € d’amende, selon l’article L. 123-11-8 du Code de commerce, en vigueur depuis le 1er février 2009.
Le vrai danger, pour un domiciliataire, est souvent banal : un déménagement mené dans l’urgence, un nouvel associé entré au capital, et personne ne pense à prévenir la préfecture avant la fin du délai.
Et les entreprises déjà domiciliées ?
Les références de l’agrément sont mentionnées dans tous les contrats de domiciliation que conclut le domiciliataire, rappellent les greffes des tribunaux de commerce. Cela a deux conséquences pratiques pour un domiciliataire qui change de situation.
- Les contrats en cours renvoient à un agrément précis. Si un nouvel agrément est délivré, la référence à jour doit figurer dans les contrats et avenants à venir.
- Si l’adresse change, les entreprises domiciliées voient leur siège déplacé : elles auront elles-mêmes des formalités à accomplir. Informez-les le plus tôt possible, avec un calendrier réaliste.
Un domiciliataire sérieux prépare ce courrier avant le déménagement, pas après.
Vous êtes une entreprise domiciliée : changer de domiciliataire
Dans ce cas, l’agrément n’est pas le vôtre, mais il conditionne la validité de votre adresse. Le scénario le plus courant est le suivant :
- Choisir le nouveau domiciliataire et contrôler son agrément avant tout engagement.
- Signer le nouveau contrat, qui doit mentionner les références de l’agrément.
- Déclarer le transfert de siège au guichet des formalités, avec le justificatif de domiciliation, et publier l’avis dans un journal d’annonces légales.
- Résilier l’ancien contrat en respectant son préavis, sans laisser une période sans adresse.
- Mettre à jour vos documents : devis, factures, site, contrats, banque, assurances.
Le détail de chaque étape, avec les pièces, figure dans notre guide des formalités de domiciliation. Le coût de l’annonce légale dépend du département et du journal ; demandez le tarif forfaitaire avant publication.
Comment vérifier un agrément
Une mention « agréé » sur un site commercial ne prouve rien. Demandez le numéro et la date de l’arrêté préfectoral, vérifiez que l’adresse des locaux correspond à celle du contrat, et que l’agrément n’est pas arrivé à son terme de six ans. Notre article sur les critères d’un domiciliataire agréé détaille la liste de contrôle à suivre avant de signer.
Notre point de vue
Nous recensons des sociétés de domiciliation agréées, et nous voyons chaque jour ce qui sépare une fiche fiable d’une fiche approximative : la source. Un agrément se prouve par l’acte de la préfecture, pas par une déclaration. C’est pourquoi chaque fiche de notre annuaire mentionne l’origine administrative de l’information et le statut de l’agrément.

Sur le « transfert », notre conviction est simple. Du côté du domiciliataire, la bonne attitude est de considérer l’agrément comme personnel et lié aux locaux : au moindre changement, on prévient la préfecture, on documente, on attend la décision. Du côté de l’entreprise domiciliée, on ne se contente jamais d’une promesse : la sécurité de votre adresse dépend d’un acte officiel valide le jour où vous signez, et encore le jour où vous déposez votre dossier d’immatriculation ou de modification.
Une adresse non agréée ne se corrige pas avec une bonne foi tardive : elle peut bloquer une formalité et vous obliger à recommencer.
— Aimen
Trouver un domiciliataire dont l’agrément est vérifié
Si vous cherchez un domiciliataire après un changement, notre annuaire des sociétés de domiciliation agréées vous permet de consulter gratuitement les fiches, classées par ville, avec le statut d’agrément vérifié sur les actes préfectoraux. Pour une vue d’ensemble de la démarche, le guide complet de la domiciliation d’entreprise pose les bases. Et si vous exploitez une société de domiciliation, vous pouvez revendiquer et compléter votre fiche pour que vos coordonnées et votre statut soient à jour.
Pour comprendre ce que recouvre exactement la décision du préfet, voyez aussi l’agrément préfectoral des sociétés de domiciliation. Si vous envisagez de monter une structure plutôt que de reprendre, lisez comment ouvrir une société de domiciliation.
Check-list avant de déclarer un changement
Que vous soyez domiciliataire ou entreprise domiciliée, cinq vérifications évitent l’essentiel des mauvaises surprises.
- L’acte : avez-vous sous la main l’arrêté d’agrément, avec sa date et sa durée ?
- Les locaux : bureau et salle de réunion distincts, hors habitation principale et hors usage mixte professionnel.
- Les personnes : dirigeants et associés au-delà de 25 % des droits identifiés, avec leurs pièces d’identité.
- Le calendrier : deux mois pour informer le préfet, deux mois d’instruction, silence valant rejet.
- Les contrats : références d’agrément à jour, clients informés, ancien contrat résilié dans les formes.
FAQ
Peut-on transférer un agrément de domiciliation à une autre société ?
Les textes consultés ne prévoient pas de cession de l’agrément : il est délivré à une entreprise, pour des locaux et des dirigeants donnés. En cas de changement substantiel, le préfet délivre, le cas échéant, un nouvel agrément. Un repreneur doit donc partir sur une demande à son nom, après avoir échangé avec la préfecture.
Dans quel délai déclarer un changement d’adresse ou de dirigeant ?
Tout changement dans les éléments exigés pour l’agrément doit être porté à la connaissance du préfet dans un délai de deux mois. Un oubli peut conduire à la suspension ou au retrait de l’agrément. Mieux vaut déposer la déclaration dès la décision de changement.
Que se passe-t-il si le préfet ne répond pas ?
Pour une demande d’agrément, le préfet dispose de deux mois à compter de la réception du dossier, et le silence vaut rejet. Il ne faut donc pas considérer l’absence de réponse comme une autorisation. Relancez la préfecture par écrit et conservez l’accusé de réception.
Que risque-t-on à domicilier des entreprises sans agrément valide ?
L’activité exercée sans agrément, ou après son retrait ou sa suspension, est punie de six mois d’emprisonnement et de 7 500 € d’amende. Les entreprises domiciliées, elles, s’exposent à une adresse contestée lors de leurs formalités. Contrôlez l’arrêté avant tout contrat.
Mon entreprise change de domiciliataire : faut-il refaire un agrément ?
Non, l’agrément concerne le domiciliataire, pas l’entreprise domiciliée. Vous devez en revanche déclarer le transfert de siège et vérifier que le nouveau domiciliataire est agréé. Conservez les références de son agrément figurant dans votre contrat.
Sources
- Agrément des sociétés de domiciliation d’entreprise, préfecture de Seine-et-Marne
- Entreprises de domiciliation, préfecture de l’Ain
- Agrément en qualité d’entreprise fournissant une domiciliation juridique, préfecture des Bouches-du-Rhône
- Domiciliation d’entreprise, préfecture du Bas-Rhin
- Domiciliation juridique d’entreprises, préfecture de l’Isère
- Obligations des sociétés de domiciliation commerciale, greffe du tribunal de commerce de Marseille
- Obligations des sociétés de domiciliation commerciale, greffe du tribunal de commerce de Paris
- Article L. 123-11-8 du Code de commerce